Day/Jour 1

TUESDAY 19 JUNE/MARDI 19 JUIN

 

KEYNOTE 1

Abdellali Hajjat

Maître de conférences en science politique à l’Université Paris Nanterre

Membre de l’Institut des sciences sociales du politique

EURIAS Junior Fellow à l’Institute for Advanced Studies de l’Université d’Edimbourg

 

Les structures économiques et émotionnelles de l’islamophobie. Sur la production, la diffusion et la réception des discours islamophobes

Les recherches sur l’islamophobie dans le monde occidental se sont malheureusement trop focalisées sur l’analyse de contenu. Il est certes important d’étudier les formes prises par les discours islamophobes dans les articles de presse, films, émissions de radio ou de télévision, romans, etc. qui véhiculent le processus de racialisation des présumé.e.s musulman.e.s. Mais l’analyse des produits finis ne devrait pas se faire au détriment de l’analyse des conditions de production, de diffusion et de réception de ces produits symboliques. En prenant l’exemple du genre littéraire des autobiographies et biographies de « femmes musulmanes à sauver », nous montrerons tout l’intérêt d’analyser les structures économiques et émotionnelles de l’islamophobie contemporaine.

 

KEYNOTE 2

Narzanin Massoumi

University of Exeter

What is Islamophobia? Racism, Social movements and the State

Racialisation’ is increasingly used to explain Islamophobia as a form of racism.  But while ‘racialisation’ is a valuable starting point for understanding anti-Muslim racism, those who use the concept have too often turned their attention away from the interests underlying racism and the practical action taken to put in place the infrastructure of disadvantage. I set out an argument that conceives of Islamophobia (a term we prefer to close alternatives) as not simply a product of abstract or discursive, ideological or socially constructed processes, but a product of concrete social, political and cultural action undertaken in the pursuit of certain interests.  The practical outcomes of these processes are not only that racist ideas circulate in the society, but that the infrastructure of subordination is put in place.

As a result I focus on the agents and practices that accomplish racism, as opposed to assuming that all of this flows intrinsically from a ‘capitalist’ or ‘neoliberal’ racial order. Rather it is concrete practice that fosters Islamophobia and as a result we should focus on the specific agents and institutions, which can be empirically shown to be implicated in the production and distribution of ideas and practices that foster Islamophobia. I discuss these under the rubric the five pillars of Islamophobia.

1)   The institutions and machinery of the state

2)   The neoconservative movement;

3)   Parts of the transnational Zionist movement;

4)   The Far right incorporating the counterjihad movement;

5)   Assorted liberal groupings including the pro war left, the new atheist movement.

The state is the backbone of anti-Muslim racism.  The other pillars are key social movements ‘from above’ which in combination with the state produce, reproduce and enact certain ideological currents and practical outcomes.

A major contribution of this paper is to make the case for the centrality of the state in understanding the production of Islamophobia, and to bring the state back in to the study of racism more generally. Some academic authors see the state as progressive, or at least neutral, and capable of helping challenge anti-Muslim racism by creating spaces for Muslim cultural and civic engagement. But the state is not neutral. Counter-terrorism policy disadvantages Muslims (and others) through exceptional legislation, pre-emptive incapacitation and intelligence and surveillance. And the counter-terrorism apparatus has spread from its traditional home in the police and intelligence services to occupy almost every branch of the state, from schools and universities to libraries.

Other authors have a less sanguine conception of the state, but tend to overemphasise ideas and decouple their analysis from any concrete interrogation of the practices of state institutions.  David Goldberg, for example, focuses on racial formations as an intrinsic feature of the state. While his contribution is useful in illustrating that the state cannot be a neutral arbiter in the field of racial politics, he is concerned primarily with the classification processes and disciplinary mechanisms of governmentality that define membership of the nation. I argue that such approaches cannot adequately grasp the contested nature of the state, which is subject to pressure from both above and below. The focus on social movements also allows for and understanding of the racial politics of the state that is potentially subject to pressure from below in the form of anti racist struggles.

Instead, I argue for a new agency centred approach to Islamophobia, which can consider the production of Islamophobic practices but also outline the potential for resistance.

 

 

SESSION 1: “ISLAMOPHOBIA”, POLITICS & THE MEDIA

(« L’ISLAMOPHOBIE », LA POLITIQUE ET LES MEDIAS)

 

Aurélien Mondon

University of Bath

Aaron Winter

University of East London

 

Articulations of Islamophobia: From the Extreme to the Mainstream?

 

This article examines the construction, functions and relationship between the diverse and changing articulations of Islamophobia. The aim is to contribute to debates about the definition of Islamophobia, which have tended to be contextually specific, fixed and/or polarized between racism and religious prejudice, between extreme and mainstream, state and non-state versions, or undifferentiated, and offer a more nuanced framework to: (a) delineate articulations of Islamophobia as opposed to precise types and categories; (b) highlight the porosity in the discourse between extreme articulations widely condemned in the mainstream, and normalized and insidious ones, which the former tend to render more acceptable in comparison; (c) map where these intersect in response to events, historical and political conditions and new ideological forces and imperatives; and (d) compare these articulations of Islamophobia in two contexts, France and the United States.

 

 

Alain Policar

Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof)

 

La laïcité en tant que marqueur identitaire

 

Sans que nous n’y prêtions une suffisante attention, ces deux dernières décennies, le plus souvent à partir de la question du voile islamique, la laïcité est devenue en France un marqueur identitaire, une religion civile hostile à l’expression de l’appartenance religieuse dans la sphère publique. La neutralité de l’État, qu’instaure la loi de séparation de 1905, d’obligation pour les pouvoirs publics s’est transformée en contrainte pour les individus. La France, longtemps incarnation idéaltypique de l’universalisme des droits de l’homme, exprime désormais un inquiétant malaise devant l’altérité que les oripeaux « républicains » ne parviennent plus à dissimuler. On assiste ainsi à ce que Jean-Marc Ferry a suggestivement nommé la « disjonction de l’universel et du commun » opérée par un « républicanisme de combat » (lequel, à mon sens, confond sacralisation de la nation et amour de la République), qui invoque la laïcité comme un rempart contre le fondamentalisme alors que, dans une telle approche, elle est avant tout l’expression d’une crispation francocentrée. Il est consternant que des idéologies d’exclusion profondément anti-républicaines témoignant de l’intolérance à la diversité visible, se réclament sans vergogne de la République, alors qu’au fond elles représentent une forme singulière de communautarisme, lequel chercherait à faire prévaloir en France la représentation d’une communauté culturellement et linguistiquement homogénéisée, donc débarrassée de sa diversité.

La situation est d’autant plus préoccupante que cette laïcité identitaire est, avec des nuances, revendiquée aussi bien à gauche qu’à droite, imposant mezza voce l’idée d’une différence fondamentale entre « nous » et des populations, essentiellement définies comme musulmanes, accusées, comme l’a bien vu Philippe Portier, « de se tenir à l’écart des références communes, à la fois cognitives et axiologiques, de la société française »). Les « élites » n’échappent pas hélas au « ré-enracinement nationaliste de la conscience occidentale ».

Cette situation alarmante impose, en premier lieu, de rappeler le sens de la laïcité tel qu’il a été voulu par ses promoteurs. Nous verrons que ce rappel éclaire les controverses présentes. Il montre en outre que la liberté de religion représente une obligation consistante pour un État neutre. Dans un deuxième temps, je chercherai à montrer que la tolérance bien comprise (elle est trop souvent présentée comme un épouvantail caractéristique du modèle anglo-saxon d’association politique) constitue un complément indispensable à la laïcité. Cette approche, à l’opposé de l’identitarisme délétère, trouvera tout son sens dans un cadre cosmopolitique dont nous montrerons qu’il implique une attention particulière aux dynamiques de reconnaissance, telles que cherche à les penser le multiculturalisme, dont nous montrerons qu’il est, dans certaines conditions, parfaitement compatible avec le cosmopolitisme.

 

 

Sarra Grira

Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle

 

L’exception musulmane : politique de contrôle et discours médiatique

 

La question problématique du rapport en France entre islam et laïcité ne date pas d’hier. Elle remonte à 1905. En effet, si la laïcité, comme formulée par Éric Fassin, « ne consiste pas à organiser les religions mais à leur laisser leur liberté », ce principe a été de prime abord mis à mal par le contexte colonial de l’époque. Ainsi, au sein d’une entreprise coloniale dont l’un des principaux objectifs était de contrôler les territoires qu’elle occupait, la sphère religieuse ne pouvait pas faire exception : il fallait là aussi une mainmise de l’empire colonial. Pour ce faire, et dès 1907, la « situation spéciale de l’Algérie » a été invoquée pour contourner le principe de continuité territoriale -l’Algérie étant un département français- et instaurer des dispositifs d’exception –tandis que ce principe a été respecté à Madagascar et aux Antilles. Mais contrairement aux prêtres italiens et espagnols en territoire algérien, qui ont également bénéficié de ces mesures d’exception et ont continué à percevoir des salaires de la part de l’État français, le régime dérogatoire visant la religion musulmane a été à la fois plus rigoureux dans les faits et soumis au bon vouloir de l’administration française en matière d’autorisation et de financement. Son caractère provisoire a sans cesse été prolongé, jusqu’en 1962, date de l’indépendance de l’Algérie.

 

L’importance pour les autorités coloniales françaises de ce contrôle vient du fait que l’islam ne consistait pas uniquement en une pratique culturelle, mais qu’il régissait également la vie civile de ceux que l’on appelait alors les musulmans d’Algérie (Vermeren, 2016). Ce maintien du culte sous la dépendance de l’Etat passait alors par le contrôle des cadres, des prêcheurs, etc (Luizard, 2006). Ainsi, dans une France désormais laïque, le rapport de l’Etat avec la religion musulmane faisait exception. Tout comme il fait exception aujourd’hui.

 

En effet, et toujours au nom d’un universalisme qui prend désormais la forme des valeurs laïques et républicaines, il existe encore aujourd’hui une volonté explicite (depuis la présidence de M. Sarkozy) de contrôler l’islam et les pratiques des musulmans français, en entretenant l’idée qu’ils représentent, sinon une menace, du moins un problème. Ainsi, la loi de 1905 ne semble toujours pas applicable à la religion musulmane, qui ne peut pas être traitée au même titre que les principales religions présentes sur le sol français. D’où l’appel à l’organisation d’un “islam de France”. Il s’agira alors pour nous de mettre en lumière la manière avec laquelle le discours médiatique, qui relaie ces démarches, légitime cette politique de contrôle envers une exception musulmane, notamment à travers la surreprésentation de l’islam, le choix des intervenants issus de la « communauté » musulmane et la reprise d’un certain nombre d’éléments de langage politique (« islam de France », « musulman modéré ») sans les interroger.

 

 

David Miller

University of Bath

Tom Mills

Aston University

 

Where do Islamophobic ideas come from? Reconsidering primary and secondary definers

 

There is now a fairly substantive body of research suggesting that the media tend to disseminate negative ideas about Islam and Muslims. But what social processes give rise to these patterns of reporting? This paper argues for an analytical framework that gives due weight and prominence to ‘media factors’ such as political economy, production processes, the distinct politics of particular media organisations, popular opinion/pressure etc, but which asks more particularly about the origination of Islamophobic ideas in society.

 

It argues that the media should not be seen as the originator of Islamophobic ideas, but as ‘secondary’ definers; disseminating ideas produced elsewhere.  It focuses, in particular, on actors we consider the most important ‘primary definers’ when it comes to creating, processing and disseminating ideas (and indeed practices) that discriminate against Muslims: state officials and a number of overlapping ‘social movements from above’, as well as various experts on Islam and ‘terrorism’.

 

The media stand, as Hall et al. (1978: 59) put it in a classic formulation, ‘in structured subordination’ to such ‘primary definers’.   But whilst ‘primary definers’ have often been understood as those actors who feature most prominently in the media (e.g. Hjarvard, 2012; Welch et al 1997), in our view it is important not to conflate media prominence with hegemony in society.  The ‘primary definers’ are in dominant positions in various institutional locations, and this gives them an inbuilt advantage in the struggle over public definitions in the mass media.  However Hall et al (1978: 58) exhibit a certain determinism in the domination of ‘primary definers’ in the media, seeing them as always able to ‘command the field’, or ‘set the terms of reference’ in subsequent treatment. Our approach, by contrast, emphasises that such ideas can be and sometimes are successfully contested (in this case by anti-racist movements and other actors), and that the media should be understood as a contingent set of institutions and a sphere of struggle between different social interests.

 

 

SESSION 2: POSTCOLONIALISM, RACIALISATION & INTERCULTURAL COMMUNICATION

(LE POSTCOLONIALISME, LA RACIALISATION ET LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE)

 

Sylvie Taussig [videoconference]

CNRS UPR 8230 / IFEA / CEMCA

 

La construction de l’islamophobie dans la pensée décoloniale

 

Marquant ses distances par rapport à la pensée postcoloniale parce qu’elle est née dans le monde anglophone et poursuit un projet de « désoccidentalisation », l’école latino-américaine de la pensée décoloniale constitue une voie singulière, enracinée dans la relecture de l’histoire de ce qu’on appelle l’Amérique du sud et les Caraïbes, et s’emploie à mesurer les conséquences de l’arrivée des Européens dans les Amériques. Mon intervention vise à resituer le sens que prend le concept d’islamophobie chez certains penseurs de cette théorie, comme Enrique Dussel, Ramon Grosfoguel et Nelson Maldonado-Torres. En effet, ils s’opposent à ce qu’ils appellent le mythe occidentalocentrique d’une modernité linéaire et auto-instituée (de la Grèce et Rome aux Lumières et à la Révolution industrielle), pour proposer comme origine à la modernité occidentalocentrique 1492, quand l’Europe devint véritablement le « centre » du monde, grâce au contrôle des routes de commerce et l’imposition du « système-monde moderne/colonial ». Ils soulignent que ce point de départ (arrivée de Colomb en « Amérique ») est aussi la date de la fin de l’islam dans le royaume d’Espagne « très catholique ». Colonie et islam ont ainsi un rapport consubstantiel. Dans ce cadre, l’islamophobie est la manifestation par excellence de la colonialité du pouvoir et de la colonisation des esprits. Il s’agira de s’interroger sur la façon dont la pensée décoloniale de l’islamophobie opère une mutation de la pensée décoloniale dans sa conception originaire, c’est-à-dire réfléchissant sur les phénomènes de racialisation en Amérique latine et comment cette nouvelle théorie, avec ses déclinaisons tel le féminisme islamique décolonial et son intersectionnalité revendiquée, entend donner une profondeur historique et en même temps conceptuelle à l’islamophobie et contribuer par là à la formulation d’une théologie musulmane de la libération et à l’évolution de l’islam comme concept métareligieux.

 

 

Reza Zia-Ebrahimi

King’s College London

 

When the Elders of Zion relocated to Eurabia: Conspiratorial racialisation in antisemitism and Islamophobia

 

This paper objective is two-fold. First, to argue that antisemitism and Islamophobia display similar dynamics in representing their target population as a race with inherent characteristics (a process referred to as “racialisation”). Second, to suggest that conspiracy theories of the “world Jewish conspiracy” type or their Islamophobic equivalent “Islamisation of Europe” type, are powerful enablers of racialisation, something that the literature has so far neglected. In pursuing these two interrelated objectives, the article offers a textual comparison between two conspiracy theories featuring Jews and Muslims. The first is The Protocols of the Elders of Zion (1903), the notorious forgery claiming to be the minutes of a meeting of Jewish leaders planning to take over Europe and the world. This text is largely considered to be at the very heart of modern-day antisemitism and an essential ingredient of the ideational context of the Holocaust. The second is Eurabia: The Euro-Arab axis (2005), a pamphlet by polemicist Bat Ye’or, claiming to have uncovered another ominous conspiracy, that of Muslims to turn Europe into Eurabia, a dystopic land where jihad and Sharia Law rule and where non-Muslims live in a state of subjection. It is argued that despite some differences in the format, the two texts display strikingly similar internal dynamics in their attempt to racialise Jews and Muslims as the ultimate “other” determined to destroy “us”. This process is referred to as conspiratorial racialisation.

 

 

Roman Vareilles

CEPEL, UMR 5112, Université de Montpellier

 

Le racisme au prisme postcolonial : sociogenèse du cadrage antiraciste en France

 

Cette proposition se situe au croisement du thème des « approches théoriques pour réfléchir de manière critique au racisme » et des « études postcoloniales ». Elle porte sur certaines grilles d’interprétation du racisme, et par extension sur les stratégies discursives et collectives développées dans la lutte antiraciste.

Il s’agit de se demander comment, en France, le « prisme postcolonial »  a été investi par une partie des organisations antiracistes pour expliquer la persistance d’inégalités raciales. Pour cela, il convient d’aborder la temporalité des mutations de l’antiracisme – dès lors que l’année 2005 est communément admise comme le moment d’émergence de la question postcoloniale dans le débat public et sur les scènes médiatique, politique et universitaire. Si la tardiveté de ce phénomène et les résistances qu’il a suscité ont été étudiées , il reste à aborder comment ces thèmes ont été transposés dans l’espace militant .

Cette contribution serait donc consacrée à établir une sociogenèse de l’approche postcoloniale du racisme en revenant sur les prémices de l’idée de continuum colonial dans deux espaces particuliers : celui des luttes des quartiers populaires et celui de l’antiracisme. Des contradictions apparentes invitent à interroger plusieurs présupposés. D’une part, l’idée selon laquelle ce cadrage théorique tiendrait principalement à l’ancrage universitaire de ses protagonistes doit être discutée, puisque des références à l’histoire coloniale dans les luttes des quartiers populaires  existaient antérieurement aux mouvements fondés en 2005.

Par ailleurs, le lien a priori évident entre postcolonial studies et mobilisations postcoloniales peut être nuancé, les militants antiracistes n’y faisant pas explicitement référence – ils privilégient notamment les études décoloniales.

Il s’agit donc de préciser à quelles conditions les cadres d’interprétation d’un problème social (le racisme) peuvent être concurrencés par d’autres grilles de lectures, et en quoi cela peut expliquer le choix de nouveaux répertoires d’action. Outre l’étude des trajectoires sociales des entrepreneurs de cause et du rôle des relais médiatiques, une contextualisation politique (xénophobie, désaffiliation et questions identitaires) permettra de cerner les mécanismes de circulation et de réception du paradigme postcolonial en France.

Ces questions seront empiriquement traitées à partir des entretiens déjà menés et à venir dans le cadre de ma thèse, complétés par les éléments recueillis dans les productions médiatiques et militantes.

 

 

Ismahan Wayah

University of Münster, Germany

 

Fetishisation of docile and willful Muslim women in diasporic Muslim fiction

 

In the post 9/11 and 7/7 era, debates about Islam erupted in the public sphere and the amount of Muslim characters in fiction has increased rapidly as a younger generation of Anglophone Muslim writers, employing literary forms as a means of writing back to the monolithic representations of Islam and Muslims in dominant Euro-American texts, has gained recognition (Malak 2007; Chambers 2013; Ahmed&Morey 2012). In this paper I argue that diversifying concepts such as “Black Literature” or “Ethnic Literature” by theorizing and deploying ‘Muslim fiction’ as a category in Anglophone literary and cultural studies is a much needed decolonial intervention. Foregrounding the category “Muslim”, – and not ‘religion’ to avoid its underlying trans-historical implications (Asad 2003) – discloses and highlights hitherto overlooked and/or silenced discourses, agencies and racialized alliances. I will illustrate my point through a close-reading of two diasporic Muslim novels, namely British-Syrian writer Robin Yassin-Kassab’s The Road from Damascus (2008) and American-Syrian writer Mohja Khaf’s The Girl in the Tangerine Scarf (2006). The novels, which take place against the background of the Iran hostage crisis of 1997 and 9/11 in the postcolonial metropolises of London, New York City and Damascus, explore the complexities of race, Islam and gender. I focus on the depiction of desire and erotic fantasies about Muslim female bodies as docile and willful, arguing that in the course of the narrative, these racialized and hyper-sexualized women acquire a sense of agency by challenging the imperial male gaze, thus, subverting conventional expectations about Muslim gender roles. This paper is also a reflection on my own interpretative commitments and social positioning. As Sarah Ahmed’s seminal work on stranger fetishism (2000) alerts us to, it is of utmost importance that we as critics pay utmost attention to how we read/consume ‘the Other’, in this case, Muslim literary and cultural productions. For our research shapes how the figure of the ‘Muslim’ is produced as well as how and where that figure is put to work and made to work in so-called post-racial/multicultural societies.

 

 

 

SESSION 3: “GOOD” AND “BAD” MUSLIMS

(LES «BONS» ET LES «MAUVAIS» MUSULMANS)

 

Vincent Geisser

CNRS, Institut d’études et de recherches sur le monde arabe et musulman (IREMAM)

 

Un silence musulman ? Analyse sociologique des réactions institutionnelles musulmanes françaises et de croyants ordinaires à l’injonction médiatique à condamner le terrorisme

 

De l’analyse des représentations médiatiques et des discours politiques sur les supposées réactions des « musulmans de France » aux attentats terroristes ressortent les images du silence, de l’apathie et de l’immobilisme. D’où l’injonction récurrente adressée par les leaders d’opinion aux « musulmans » de l’Hexagone à condamner publiquement les actes de violence et à critiquer ouvertement l’idéologie mortifère du « djihadisme ». Se basant sur une enquête empirique de 18 mois, réalisée auprès de musulmans ordinaires et de responsables d’associations islamiques (cinquante entretien semi-directifs), d’analyse de contenu de communiqués et de tribunes de presse mais aussi l’observation directe de mobilisations musulmanes dans l’espace public (Marseille, Bordeaux, Lille et région nantaise), cette communication tente de mettre à l’épreuve la représentation de sens commun d’un silence musulman : elle se fonde sur l’hypothèse que la figure du « silence musulman » relève principalement d’une construction médiatique et politique, visant à souligner l’immaturité citoyenne des musulmans de France et, par-là, leur incapacité à s’associer à la communauté de deuil nationale.

 

 

Lydia Wysocki

Newcastle University

 

“I’m not sure what’s British and what’s not”: Readers’ readings of British comics 2005-2017

 

The list of Fundamental British Values stipulated in the UK government’s Prevent agenda (May 2010) has legislated a reductive view of what it means to be British. This narrow view has prompted critique as to whether the government’s FBVs are indeed fundamental, specifically British, or at the level of values that drive understanding and behaviour (see: Bolloten and Richardson 2015; Lander 2016).  Government and popular discourses around Britishness underpin the difference between being included as citizens or shunned as outsiders – or attacked, as seen in recent reports of acid attacks targeted at ‘south Asians or ‘Muslim looking people’.’ This wording quoted from an article in the Independent (Lusher 2017) shows the publication of experiences and speculation that conflate appearance and religion; I quote it here not to reinforce this conflation but to show its prevalence.

This marginalisation of Muslims particularly through media representations of Muslims and Islam is a prescient and specific issue that is also part of broader discussions of ‘Britishness’ as a sense of belonging at the level of national identity (Gilroy 1991) particularly after progressive discourses and policies of multiculturalism (Parekh 2000; Modood 2013). My work is concerned with how these discourses settle in cultural products that inform readers’ own constructions of national identity as an everyday lived experience (Billig 1995), with this construction happening at the level of values. This is rooted in the field of education, advancing sociocultural theories of learning (Wertsch 1981; Wells 1999; Vygotsky 1978) through a focus on polysemy of meaning in specific texts (Bakhtin 1981; Vološinov 1973). Extending these sociocultural theories to comics addresses both (1) comics as cultural products that are widely-disseminated and easy to access, and (2) comics as a medium of interdependent and sequential words and pictures, necessitating particularly active forms of reading as the reader decodes meanings encoded by the comics creator; this uses Hall’s concept of encoding/decoding (Hall 1980) to ask who makes and who reads specific comics.

I will present this argument through data from my in-progress PhD research, with fieldwork conducted at a UK comics convention as an initial questionnaire with comics readers (n=135). This early stage of my reader-centred approach finds out which comics people read, to support later stages of group interviews to explore how specific comics contribute to readers’ constructions of understandings of Britishness (national identity). My methods of data collection and analysis pay attention to subtle and coded messages as microaggressions (Sue 2010), expanded from Sue’s initial focus on race through Leonardo’s concept of Raceclass (Leonardo and Manning 2017; Leonardo 2012) particularly through stereotypes and humour in comics. This, I argue, offers a bridge from US work on race and Whiteness (Delgado and Stefancic 2000; 1997) and Raceclass (Leonardo, ibid.) to better address the intertwined and interdependent constructs of race and class in (1) comics studies, where critical US work (Whalley 2015; Howard and Jackson 2013) is ahead of critical work in the UK, and (2) a contemporary British context where Islam and Muslims have become particularly marginalised.

 

 

Agata Jackiewicz & Manon Pengam

Laboratoire Praxiling UMR 5267 CNRS – Université Paul-Valéry Montpellier 3

 

Des « musulmans modérés » dans les discours médiatiques. Etude linguistique d’une expression controversée

 

Le contexte post-attentats de janvier 2015 a été traversé de discours exhortant, via des tours

injonctifs, une partie de la communauté musulmane à condamner les actes de terrorisme, et/ou

à s’associer aux valeurs républicaines. L’objectif de notre étude est double : (i) décrire le profil

sémantique et le fonctionnement discursif d’une expression non stabilisée, celle de

« musulman(e)s modéré(e)s », dont le nombre d’occurrences a augmenté de façon significative

dans les discours médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher ; (ii)

examiner comment les discours médiatiques, contribuent, par des effets de reprises dialogiques

de termes et de points de vue, à la naturalisation de cette expression controversée. (Rabatel

2017).

Sur le plan linguistique, « musulman(e)s modéré(e)s » est une nomination qui désigne une

catégorie de personnes, incluse dans un ensemble plus vaste : les croyants de confession

musulmane. La notion de nomination, contextuelle, permet de renseigner la prise de position et

le point de vue d’un locuteur sur l’entité nommée (Siblot 1997, 2001), (Calabrese 2016).

Formule faussement évidente et mal maitrisée, simplifiant ou biaisant le débat, pour certains,

construit social, qui dit ce qui doit être plutôt que ce qui est, pour d’autres, l’expression mobilise

les figures stéréotypées du « bon » et du « mauvais » musulman (Deltombe 2005), (Hajjat

2010), (Hajjat & Mohammed 2013). Plus précisément, l’ajout du qualificatif « modéré » pose

de façon implicite l’existence d’un continuum d’intensité dont les bornes pourraient être

désignées par les expressions « musulmans non pratiquants » et « musulmans extrémistes ».

Une première étude systématique sur un corpus de 215 articles de presse, étayée par des

observations ciblées sur un volume de 4318 exemples identifiés dans l’intégralité de la base

Europresse, a permis de décrire plus précisément le fonctionnement discursif et le caractère

polémique de cette expression. Des spécifications plus ou moins fines, par agglutination de

qualificatifs notamment (« musulmans modérés, laïcs » …), renseignent sur les différents modes

de partitionnement de la catégorie hyperonyme (les musulmans). Des marqueurs d’intensité

révèlent pour leur part une propriété de gradation de la notion de modération (« modérément

modérés », « réellement modérés »). La modération serait par ailleurs une attitude intentionnelle

résultant d’un choix : réelle et sincère ou au contraire perçue comme feinte (« musulmans pieux

et sincèrement modérés », « musulmans soi-disant modérés mais en réalité islamistes »).

Notre contribution vise, à travers l’étude linguistique fine d’une expression désignationnelle

instable, une meilleure connaissance des représentations associées à l’islam et à ses

pratiquant(e)s, véhiculées par les discours médiatiques contemporains.

 

 

Sue Clayton

Goldsmiths, University of London

Anna-Louise Milne

University of London, Paris

 

Uncountable Bodies, Unaccountable Risks: immigration, asylum and Islamophobia

 

Though little connects the experiences of refugees and asylum seekers in Northern Europe and radical Islamic influences, except as a reason for flight, Western news media and extreme right political expression has repeatedly sought to associate ‘the refugee crisis’ with terrorist threats and ‘Islamic extremism’ in the West. What forms does this message rely upon? This paper will focus particularly on the recurrent topos of ‘uncountable bodies’ as a visual and discursive trope that straddles representations of refugees, of all religious persuasions, and Muslims. Building from empirical evidence of the significance of multi-faith support networks in informal camp spaces (Calais, Saint-Denis/Porte de la Chapelle) and the formal asylum centres (Chalon sur Saone, St Denis de Cabanne), this presentation will explore whether and how these examples of the provision of basic refuge in the form of food and shelter are differentiated by the community of faith, first in their actual modalities, and then in the representation of them relayed by the media and by local authority discourse. If the question of ‘countable’ bodies is omnipresent in the regulatory environment of refugee administration and control, does it take on particular forms and/or intensities when the services and care provided are associated with faith-based networks?

 

 

KEYNOTE 3

Waqas Tufail

Leeds Beckett University

 

Media, State and ‘Political Correctness’: Islamophobia and the Racialisation of the Rotherham Child Sexual Abuse Scandal

 

Over the past decade in Britain a number of sexual abuse scandals emerged. Operation Yewtree, the on-going Metropolitan Police investigation initiated following the Jimmy Savile scandal, led to the conviction of high-profile sex abusers such as celebrity publicist Max Clifford and entertainer Rolf Harris. Around the same time as the celebrity sex abuse scandal began to make news headlines, another scandal emerged concerning the violent sexual abuse of young girls and women. This related to revelations that groups of men in towns including Rochdale in Greater Manchester and Rotherham in South Yorkshire had been sexually abusing scores of young girls over a number of years. Whilst all of these crimes received widespread news coverage, there was a marked difference in how they were framed and how they came to be understood. In the popular press representations of the Rochdale and Rotherham sexual abuse crimes, issues of violence against women and patriarchy were relegated and decentred in place of a dominant and mainstream narrative that portrayed the child sexual abuse scandal as primarily due to the uniquely dangerous masculinities of Muslim men and an enabling culture of ‘political correctness’. Departing from earlier studies, this paper examines how local media and state actors and institutions in Rotherham framed the child sexual abuse scandal, the impact this had on minority communities and community relations more broadly (specifically in creating the conditions for violent Islamophobia to flourish), and the ways in which these racialised representations were challenged and resisted. This paper also addresses the inherent tensions between feminists and anti-racists that arise in the context of sexual abuse scandals involving ethnic minority perpetrators and argues that liberal narratives play a key role in legitimising forms of anti-Muslim racism more readily associated with neo-conservatives and the far-right.

 

 

KEYNOTE 4

 

Sarah Mazouz

CNRS, CERAPS

 

Polémiques autour d’un vide

 

Dans cette communication, je m’appuierai sur une enquête ethnographique réalisée pendant la première décennie des années 2000 dans les services de naturalisation d’une préfecture de la région parisienne et au sein de la Commission pour la Promotion de l’Égalité des Chances et la Citoyenneté (COPEC), le dispositif chargé de mener à bien la politique de l’État en matière de lutte contre les discriminations. J’analyserai ainsi les modalités de problématisation de l’islam dans le contexte républicain colorblind. Je procéderai de manière comparative en mettant en vis-à-vis la représentation de l’islam et des Musulman.e.s dans les pratiques de naturalisation et dans la lutte contre les discriminations. Dans le premier cas, la figure du Musulman.e est mobilisée en référence aux menaces que l’islam représenterait pour les principes et les valeurs de la République. Dans le second, c’est davantage l’exclusion des Musulman.e.s de l’espace de la plainte légitime pour discrimination que l’on observe. Ce faisant, j’essaierai de montrer que cette tension entre surexposition polémique et occultation politique, investissement normatif et déni de reconnaissance, structure ou du moins oriente les formes de racialisation des Musulman.e.s en France.

Advertisements